| INTRODUCTION
1. Les quarante ans écoulés
depuis les années des indépendances en 1960 de la plupart des
Etats membres de la CEDEAO, ont constitué une période
particulièrement difficile pour l'Afrique de l'ouest. La
région entame le nouveau siècle avec beaucoup de difficultés.
Plus de la moitié de la population ne dispose que de moins de
un dollar par jour pour vivre. Les taux actuels de croissance
sont insuffisants pour enclencher une réduction sensible de la
pauvreté.
2. Le modèle de développement
initié dans les années 60 et revu dans le cadre des programmes
d'ajustement structurel au début des années 80 n'a pas pu
répondre aux attentes des populations. La plupart des
statistiques officielles ont présenté une vision déformée de
la réalité économique qui a caché pendant de longues années
une paupérisation croissante d'une large majorité des
populations.
3. La plus grande partie de
l'histoire économique récente de la région ouest africaine
peut être considérée donc comme une période de crise
économique parfois aigue. Pour inverser ce processus, les pays
de l'Afrique de l'ouest doivent tout d'abord poser le bon
diagnostic. Ce débat a longtemps été focalisé sur
l'alternative croissance ou promotion sociale ; rigueur ou
relance économique. Le débat dont les institutions de Bretton
Woods, se sont fait les chantres, a montré ses limites.
Pourtant, la théorie nouvelle de la réduction de la pauvreté,
si elle est opposée à la croissance et ce que celle-ci
implique comme rigueur, ne dissipe pas les malentendus. L'un ne
doit pas être opposé à l'autre. C'est pourquoi les pays de
l'Afrique de l'ouest doivent éviter le piège de ce choix
tranché qui n'aura pour résultat que de continuer à les
enfermer dans le cercle vicieux, sous-développement
paupérisation avec pour
conséquence la tendance à la perpétuation des conflits armés
malgré les efforts qui sont déployés pour les endiguer.
4. L'Afrique de l'ouest se trouve
donc actuellement face à une vaste problématique du
développement faite de multiples éléments. Toutefois, le
nouveau siècle offre une occasion à saisir pour mettre fin à
la marginalisation de la région. Les changements politiques se
sont nettement intensifiés au cours de la dernière décennie,
ouvrant la voie à des gouvernements plus responsables issus
d'élections pluralistes. On note également un plus large
consensus sur la nécessité de se détacher des modèles
économiques défectueux du passé. En effet, le nouveau
discours sur le développement est centré sur les réformes
économiques, l'amélioration de la gestion des affaires
publiques, le renforcement des ressources humaines, le
développement des infrastructures. En outre, un rôle plus
important est reconnu à présent à l'intégration régionale
pour favoriser la croissance et le développement économique
des pays de la région.
5. Tous ces facteurs font que
l'Afrique de l'ouest, malgré les difficultés actuelles achève
un siècle et entame un autre en meilleure position qu'il y a
quelques années. Il est donc probable que le développement et
la paix prendront le pas sur la pauvreté et les conflits, à
mesure qu'au cours du nouveau millénaire, la croissance
économique, la démocratie et l'intégration régionale se
consolideront. Tout cela n'est naturellement possible qu'à
condition que l'engagement pour ces valeurs cardinales ne soit
ni biaisé ni interrompu.
6. Un large consensus s'est
créé sur un certain nombre de principes qui devraient guider
le processus d'intégration en Afrique de l'ouest dans les
années à venir. Les contraintes et les conditions de la
réalisation effective des programmes de la CEDEAO ont mis en
lumière certains de ces principes tels que: le besoin de la
stabilité interne (politique et économique), la coordination
à l'échelle régionale des politiques macro-économiques ainsi
que l'amélioration des procédures opérationnelles des
Institutions de la Communauté et la volonté politique des
Etats membres à mettre en oeuvre les programmes prioritaires de
la Communauté.
7. La CEDEAO, depuis sa création,
a initié de nombreux programmes de coopération et
d'intégration dans les principaux secteurs économiques,
notamment dans les domaines de la promotion commerciale, la
libéralisation des échanges, le développement des
infrastructures routières et de communication, le
développement de l'agriculture, de l'industrie et de l'énergie.
Toutefois, les résultats ne sont pas à la hauteur des
ambitions car, la plupart des décisions prises par les
instances politiques n'ont pas été appliquées.
8. Tirant les leçons des
expériences passées et considérant les défis du
développement que l'Afrique de l'ouest doit relever pour faire
face aux enjeux de la mondialisation, les chefs d'Etat et de
Gouvernement, lors de leur session de Lomé en décembre 1999
ont réaffirmé leur volonté politique de s'employer au
renforcement de la CEDEAO, et à la mise en oeuvre des
programmes communautaires afin de favoriser la croissance et le
développement des économies ouest africaines. A cet effet, ils
ont approuvé la stratégie d'accélération du processus
d'intégration de la CEDEAO en vue de la création d'un marché
régional unique en Afrique de l'ouest fondé sur la
libéralisation des échanges, l'établissement d'un tarif
extérieur commun et l'harmonisation des politiques économiques
et financières.
9. Les Chefs d'Etat ont
également souligné la nécessité de la coordination des
programmes de la CEDEAO et de l'UEMOA en vue d'éviter les
chevauchements et les duplications dans la réalisation des
programmes communautaires.
10. Par ailleurs, les Chefs
d'Etat ont reconnu la pertinence d'une approche différenciée
dans la marche vers l'intégration. A cet égard, ils ont permis
à tout groupe d'Etats de la Communauté de prendre des mesures
concrètes et pragmatiques en vue d'accélérer leur
intégration. C'est dans ce contexte qu'une initiative a été
prise par six pays en vue de créer une deuxième zone
monétaire dans l'espace CEDEAO d'ici l'an 2003 qui fusionnera
avec la zone CFA pour donner naissance à la zone monétaire
unique de la CEDEAO en l'an 2004.
11. La réunion
ministérielle UEMOA/CEDEAO de janvier 2000 à Bamako a examiné
les modalités pratiques de la mise en oeuvre des décisions de
Lomé. A cet égard, elle a soutenu les différentes initiatives
et arrêté un programme d'actions pour accélérer
l'intégration régionale en Afrique de l'ouest. Ce programme
est essentiellement articulé autour de l'harmonisation des
programmes de la CEDEAO et de l'UEMOA et autour de la
réalisation de la deuxième zone monétaire d'ici 2003.
12. Depuis le début de l'année,
le Secrétariat exécutif de la CEDEAO et la Commission de
l'UEMOA ont eu plusieurs séances de travail dans le cadre de
l'harmonisation de leurs programmes, principalement dans les
domaines du marché commun et de la convergence macro-économique.
13. Au plan international, les
enjeux des négociations sur le renouvellement de la convention
de Lomé doivent également nous interpeller. En proposant des
Accords de Partenariat économique régional (APER) avec des
groupes économiques régionaux de pays en développement qui
vont se substituer au régime de préférences commerciales de
la Convention de Lomé, les pays de l'Union européenne ne sont
plus intéressés à faire le commerce ou à investir dans des
pays aux marchés étroits.
14. La Conférence des chefs
d'Etat et de Gouvernement, lors de sa session de décembre 1999
à Lomé a reconnu la CEDEAO comme étant le cadre des relations
de l'Afrique de l'ouest avec l'Union européenne. Toutefois, les
dispositions des APER exigent que la CEDEAO forme une union
douanière pour être partenaire de l'Union européenne.
15. L'effort requis pour la
réalisation de l'union économique et douanière est motivé
par une double considération politique et stratégique. Il
s'agit d'abord de constituer une CEDEAO politiquement et
économiquement solide qui soit capable d'engager les
négociations avec les autres blocs des pays développés pour
définir des bases de relations de coopération mutuellement
bénéfiques qui devraient permettre à l'Afrique de l'ouest
d'avoir accès à des marchés plus larges. L'Afrique de l'ouest,
devra, à cet égard, se constituer en une union douanière
regroupant tous les pays de la CEDEAO afin de créer les
conditions pour favoriser les investissements étrangers dans le
cadre d'un marché régional unifié capable d'exploiter des
économies d'échelle pour les entreprises privées locales et
internationales. Ces nouvelles relations devraient être ainsi
l'occasion pour les pays de l'Afrique de l'ouest de consolider
les mesures de transformation économiques et politiques dans un
cadre de concertation élargie.
16. Il apparaît donc nécessaire
de réexaminer la stratégie de développement de l'Afrique de
l'ouest en l'adaptant aux nouvelles données économiques et
géopolitiques du monde, en tenant compte des caractéristiques
de nos économies nationales. Ceci grâce à l'intégration
régionale qui est la meilleure stratégie pour intégrer les
économies ouest africaines à l'économie mondiale.
17. Ces éléments nouveaux de la
stratégie cohérente de l'intégration régionale ne peuvent se
matérialiser sans un environnement empreint de paix, de
sécurité et de stabilité dans notre région. Les résultats
économiques décevants et la
lenteur des progrès en matière d'intégration régionale
s'expliquent en partie par les troubles civils, les conflits de
société et les guerres qui ont affecté plusieurs pays de la
région.
18. Ces dernières années ont
été caractérisées par une instabilité politique marquée de
notre région qui a affecté même des pays auparavant stables.
En Côte d'Ivoire, la préparation d'élections qui devraient
être démocratiques, a exacerbé les contradictions sociales
pour aboutir à des affrontements qui ont fait des dizaines de
morts et des centaines de blessés. Les tensions aux frontières
entre la Guinée, le Libéria et la Sierra Léone sont
également la conséquence des conflits civils dans la région
du Fleuve Mano. L'effondrement d'un Etat provoque des
débordements pernicieux de troubles civils dans les pays
voisins.
19. Les ambitions politiques
personnelles immodérées, la pauvreté, le chômage et le sous
développement que révèle par exemple la faiblesse des niveaux
d'éducation ainsi qu'un système politique qui exclut certaines
couches de la population de la participation politique et
économique sont les causes profondes de la fracture sociale et
des conflits. Les guerres civiles et les crises politiques
naissent également souvent quand les gouvernements n'arrivent
pas à répondre aux besoins pressants des populations. Les pays
de la CEDEAO doivent sortir du cercle vicieux dans lequel les
conflits créent la pauvreté, et la pauvreté augmente les
probabilités de conflit. A cet égard, le maintien de la paix,
la stabilité et la sécurité passe par l'instauration d'un
environnement stable, propice à une bonne gouvernance dans tous
les pays de la CEDEAO.
20. Je salue les efforts tenaces
et persévérants du Président en Exercice de la CEDEAO, Son
Excellence Alpha Oumar Konaré, et de ses pairs qui, en dépit
de toutes les difficultés s'investissent de façon remarquable
dans la recherche de la paix et dans celle de l'intégration de
l'Afrique de l'ouest.
21. Les défis qui se posent à
l'intégration régionale en Afrique de l'ouest sont énormes.
J'ai le fervent espoir que la présente session de la
Conférence des chefs d'Etat et de Gouvernement permettra à
notre sous région d'améliorer l'environnement de la paix, la
stabilité et la sécurité en Afrique de l'ouest afin d'asseoir
la croissance et le développement de nos économies sur des
bases durables. Il n'est plus besoin de prendre de nouvelles
décisions, ou d'élaborer de nouveaux textes, il est temps
d'appliquer avec foi ce qui a été déjà décidé.
22. Le présent rapport annuel
qui est une actualisation du rapport intérimaire présenté en
mai 2000 comprend trois chapitres. Le Chapitre I fait une
analyse des développements récents de l'économie ouest
africaine et évoque certaines perspectives. Le Chapitre II
porte sur l'exécution des programmes de travail de la
Communauté et met l'accent sur l'harmonisation des programmes
d'intégration de la CEDEAO et de l'UEMOA. Le Chapitre III
souligne la nécessité d'intégrer la dimension régionale dans
les efforts nationaux de développement. Ce rapport se termine
par des remarques et des conclusion finales. |